






WAY DOWN THAT LONESOME ROAD: LONNIE JOHNSON IN TORONTO, 1965-1970
Mark Miller, dont plusieurs livres ont porté sur le jazz au Canada et sur des figures de cette musique plus ou moins rejetées dans l’ombre, consacre celui-ci aux cinq dernières années de la vie de Lonnie Johnson, passées pour l’essentiel à Toronto dans des conditions souvent heureuses mais parfois éprouvantes. Le chanteur-guitariste au passé prestigieux, figure majeure du blues et de la guitare dans l’histoire du jazz, s’y révèle un homme à la fois doux et complexe, guère susceptible en tout cas de se laisser assimiler à quelque archétype de bluesman. Ses origines néo-orléanaises, l’élégance qui lui était propre et sa réticence à évoquer son âge ou les étapes lointaines de sa carrière ressortent avec vigueur de ce récit minutieux, au fil duquel Miller fait vivre les milieux où évolue son personnage dans cette seconde moitié des années 1960. De club en club (y compris celui qu’il créera sans lendemain), Johnson s’acclimate à une ville qui est au moins son huitième lieu de résidence durable et se montre sensible à son accueil, sans toutefois bien voir que ses possibilités d’évolution y sont limitées. Après une phase de succès local indiscutable, marquée par l’enregistrement d’un album plus qu’honorable (1), le musicien connaîtra des hauts et des bas jusqu’à l’accident de la circulation qui portera un coup fatal à son activité. Miller montre cependant que, même amoindri, cet homme de volonté n’était pas prêt à renoncer. Buddy Guy ne devait pas oublier le soir de février 1970 où il lui fut donné d’accompagner à Massey Hall le chanteur Lonnie Johnson assis sur un tabouret, la main sur une canne.
PHILIPPE BAS-RABÉRIN, in Soul Bag # 206, Spring 2012